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Nigeria : des chrétiens tués, des villages attaqués, une persécution aux visages multiples

Dans la nuit du 17 au 18 août 2026, 25 personnes ont été tuées à Bin-Per, dans l’État du Plateau, au centre du Nigeria. L’attaque s’inscrit dans une région où des communautés agricoles, largement chrétiennes, subissent depuis des années une violence meurtrière. À l’échelle du pays, Portes Ouvertes estime que 3 490 chrétiens ont été tués pour des raisons liées à leur foi en un an. Mais derrière ces chiffres se trouvent plusieurs formes de violence, dont les motivations ne sont pas toujours identiques.

Par La rédaction

Rédaction de FOI & FAITS. Actualité chrétienne examinée avec rigueur.

11 min de lecture

Publié le 27 août 2026 à 10:37

Mis à jour le 27 août 2026 à 11:02

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Nigeria : des chrétiens tués, des villages attaqués, une persécution aux visages multiples
Des fidèles devant la cathédrale Holy Cross de Pankshin, dans l’État du Plateau, au Nigeria, en 2022. Photo d’illustration.Photo : Yusufdavid / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

Bin-Per, une nuit d’août

Dans la nuit du lundi 17 au mardi 18 août, des hommes armés ont pénétré dans le village de Bin-Per — également écrit Bin Mper — dans le district de Kombun, zone de gouvernement local de Mangu, dans l’État du Plateau.

Mathew Joseph, un habitant interrogé par l’AFP, raconte avoir été réveillé par des cris. En regardant par sa fenêtre, il aperçoit des hommes armés approcher de son habitation. Il parvient à s’enfuir avec sa famille. Avec un autre habitant, Muftwan Yamput, il fait alors état de 24 personnes tuées. L’AFP rappelle que, dans le Plateau, les affrontements opposent depuis longtemps des éleveurs peuls majoritairement musulmans à des agriculteurs sédentaires dont beaucoup sont chrétiens, notamment autour de l’accès à la terre et aux ressources.

Dans les heures suivantes, Matthew Sylvester Kwarpo, membre de l’Assemblée de l’État du Plateau, évoque au moins 25 morts et 38 maisons incendiées.

Le 19 août, la police de l’État du Plateau confirme **25 morts et quatre blessés**. Elle annonce également l’arrestation d’un suspect qu’elle considère comme un possible organisateur de l’attaque et affirme poursuivre ses recherches pour retrouver d’autres assaillants.

Les victimes ont été enterrées tandis que des femmes de la communauté manifestaient pour réclamer une meilleure protection face aux attaques répétées.

L’attaque de Bin-Per touche donc une région où les communautés chrétiennes sont particulièrement exposées. Mais, à la date de publication de cet article, l’enquête policière n’a pas publiquement établi que les habitants ont été attaqués parce qu’ils étaient chrétiens.

Une autre hypothèse apparaît dans les informations recueillies par des médias nigérians. TheCable rapporte, sur la base de sources sécuritaires, que plusieurs habitants peuls avaient été tués le 16 août à Jwak Maitumbi, également dans la région de Mangu, avant l’attaque de Bin-Per moins de quarante-huit heures plus tard. Des sources sécuritaires ont présenté cette dernière comme une possible représaille. Cette piste ne constitue pas, à ce stade, une conclusion judiciaire sur le mobile de l’attaque.

Cette distinction est essentielle : constater que des chrétiens sont victimes d’une attaque et établir qu’ils ont été tués en raison de leur foi sont deux affirmations différentes.

Deux jours plus tôt, de nouvelles attaques au Benue

Le 16 août, plusieurs communautés de la zone d’Ukum, dans l’État voisin de Benue, sont à leur tour attaquées.

Les localités de Mbaterem, Ayaba, Ikpur, Yina, Aboajio et Ukpen figurent parmi celles qui ont été touchées. Solomon Wombo, député fédéral représentant Katsina-Ala, Ukum et Logo, décrit des attaques coordonnées et affirme que 22 corps auraient été retrouvés, tout en précisant que le nombre exact de victimes restait à établir.

Là encore, les différents bilans rapportés immédiatement après les faits ne concordent pas tous.

Ukum n’est pas Bin-Per et les deux attaques ne peuvent pas être automatiquement attribuées aux mêmes motivations.

Elles se produisent toutefois dans deux États du Middle Belt, cette vaste zone centrale du Nigeria où des communautés rurales majoritairement chrétiennes sont confrontées depuis des années à des attaques, des déplacements de population et à la destruction de villages.

L’ampleur du phénomène est considérable.

Amnesty International estime qu’entre mai 2023 et mai 2025, au moins 6 896 personnes ont été tuées dans l’État de Benue et 2 630 dans celui du Plateau lors d’attaques de différents groupes armés. L’organisation a également recensé plus de 200 villages abandonnés après des attaques au Benue et 167 communautés rurales attaquées dans le Plateau.

En juin 2025, la ville de Yelewata, au Benue, avait déjà connu l’un des massacres les plus meurtriers de ces dernières années. Amnesty International fait état de plus de 100 personnes tuées et d’au moins 3 941 habitants contraints de fuir.

Portes Ouvertes, qui documente spécifiquement les violences contre les chrétiens, présente Yelewata comme une communauté agricole chrétienne et attribue cette attaque à des militants peuls. Ses données aboutissent à un bilan supérieur à celui retenu par Amnesty.

Les divergences de bilan rappellent une difficulté constante lorsqu’il s’agit de documenter les violences dans certaines zones rurales du Nigeria : les chiffres varient selon les autorités locales, les organisations présentes sur le terrain et les informations disponibles après les attaques.

Selon Portes Ouvertes, 3 490 chrétiens tués en un an

Au-delà de ces attaques particulières, le Nigeria occupe une place singulière dans les statistiques mondiales concernant la persécution des chrétiens.

Dans son Index mondial de persécution des chrétiens 2026, Portes Ouvertes estime que 4 849 chrétiens ont été tués dans le monde pour des raisons liées à leur foi entre le 1er octobre 2024 et le 30 septembre 2025.

Parmi eux, 3 490 se trouvaient au Nigeria.

Cela représente environ sept chrétiens sur dix comptabilisés par l’organisation comme tués pour leur foi dans le monde durant cette période. Le Nigeria occupe par ailleurs la septième place de l’Index 2026 des pays où la persécution des chrétiens est considérée comme la plus forte.

Ces chiffres doivent être compris pour ce qu’ils sont.

Portes Ouvertes appartient au réseau international Open Doors, organisation chrétienne spécialisée dans le soutien aux chrétiens persécutés et dans la documentation de leur situation. Son Index n’est ni une statistique des Nations unies, ni un décompte judiciaire produit par le gouvernement nigérian.

Open Doors explique recueillir ses données auprès de chercheurs, de spécialistes et de réseaux présents sur le terrain dans une centaine de pays. L’organisation mesure à la fois les actes de violence et les pressions exercées sur les chrétiens dans plusieurs domaines de leur vie.

Les 3 490 morts correspondent donc à l’estimation d’Open Doors des personnes tuées pour des raisons liées à leur identité ou à leur foi chrétienne selon sa méthodologie.

Il ne s’agit pas du nombre total de chrétiens morts dans l’ensemble des conflits et actes criminels que connaît le Nigeria.

Cette différence est fondamentale.

Au Nigeria, la persécution n’a pas un seul visage

Dans certaines régions du pays, le caractère religieux des violences est beaucoup plus clairement établi.

C’est notamment le cas dans le nord-est, où Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest — ISWAP — mènent depuis des années une insurrection jihadiste.

L’Agence de l’Union européenne pour l’asile considère que les chrétiens rencontrent une situation particulièrement difficile dans les zones où opère Boko Haram et documente leur ciblage par les groupes jihadistes.

Boko Haram et ISWAP figurent également parmi les groupes que les autorités américaines considèrent comme responsables de violations particulièrement graves de la liberté religieuse.

Ces mouvements s’en prennent aussi à des musulmans qu’ils considèrent comme opposés à leur idéologie. Mais dans de nombreuses attaques documentées contre des églises, des fidèles et des communautés chrétiennes, l’identité religieuse des victimes constitue bien un motif de ciblage.

La situation est plus complexe dans le Middle Belt.

Les affrontements y opposent notamment des communautés agricoles majoritairement chrétiennes à des groupes armés issus de populations d’éleveurs peuls majoritairement musulmanes.

L’Agence européenne pour l’asile souligne que, dans ces conflits, les facteurs religieux s’entremêlent à des facteurs ethniques et socio-économiques, ainsi qu’aux tensions entre populations installées et populations considérées comme venues d’autres régions.

Cela ne signifie pas que la dimension religieuse serait inexistante.

En mai 2026, la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, l’USCIRF, consacrait justement une publication aux militants peuls au Nigeria. Elle estime que des acteurs armés issus de cette population ont commis certaines des attaques les plus meurtrières contre des communautés religieuses, souvent, mais pas exclusivement, chrétiennes.

C’est pourquoi deux erreurs opposées doivent être évitées.

Réduire toutes les attaques du Middle Belt à de simples conflits entre agriculteurs et éleveurs peut faire disparaître la dimension religieuse présente dans certaines violences.

Mais qualifier automatiquement chaque attaque contre un village chrétien de persécution religieuse, sans connaître le mobile des assaillants, peut également aller au-delà de ce que les faits permettent d’établir.

Pour les chrétiens du Nigeria, cette distinction intellectuelle ne rend pas la violence moins réelle : familles assassinées, maisons détruites, communautés déplacées et lieux de culte attaqués constituent une réalité documentée dans plusieurs régions du pays.

Quand Washington a replacé le Nigeria sous surveillance

La situation des chrétiens nigérians est également devenue un enjeu diplomatique majeur.

Le 31 octobre 2025, le président américain Donald Trump a désigné le Nigeria comme Country of Particular Concern, ou « pays particulièrement préoccupant », au titre de la législation américaine sur la liberté religieuse.

Le Département d’État américain confirme que cette désignation a bien été faite à cette date.

Donald Trump avait alors déclaré que le christianisme faisait face à une « menace existentielle » au Nigeria et avait évoqué les milliers de chrétiens tués. Dans son message, il reprenait les chiffres de l’Index 2025 de Portes Ouvertes : 3 100 chrétiens tués au Nigeria sur 4 476 dans le monde.

La catégorie américaine de Country of Particular Concern ne signifie pas juridiquement qu’un « génocide chrétien » aurait été reconnu.

Selon l’International Religious Freedom Act, elle concerne les pays dont le gouvernement commet ou tolère des violations de la liberté religieuse considérées comme particulièrement graves, c’est-à-dire systématiques, persistantes et flagrantes.

La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale avait d’ailleurs recommandé à plusieurs reprises que le Nigeria retrouve ce statut. Dans son rapport 2026, elle maintient cette recommandation et reproche notamment aux autorités de ne pas répondre suffisamment aux violences commises contre des communautés religieuses.

Le Nigeria avait déjà été désigné comme pays particulièrement préoccupant en 2020 avant de sortir de cette catégorie sous l’administration suivante.

Abuja rejette cette lecture

Le gouvernement nigérian conteste vigoureusement l’image d’un État encourageant ou tolérant une persécution des chrétiens.

Après la décision américaine, le président Bola Tinubu a déclaré que la description du Nigeria comme un pays intolérant sur le plan religieux ne correspondait pas, selon lui, à la réalité nationale.

« Le Nigeria s’oppose à la persécution religieuse et ne l’encourage pas », a-t-il affirmé.

Le président nigérian met en avant les garanties constitutionnelles de liberté religieuse et soutient que les problèmes de sécurité touchent des citoyens de différentes confessions. Il affirme également vouloir poursuivre la coopération avec les États-Unis pour protéger les communautés vulnérables.

Cette réponse ne fait cependant pas disparaître les constats des organisations qui documentent la situation.

Amnesty International reproche aux autorités nigérianes leur incapacité persistante à protéger les populations rurales contre les groupes armés.

L’USCIRF estime pour sa part que les gouvernements fédéral et locaux ont insuffisamment répondu aux violences religieuses et échoué, dans de nombreux cas, à garantir justice et sécurité aux communautés touchées.

Et Portes Ouvertes continue de placer le Nigeria parmi les pays où les chrétiens connaissent les niveaux de persécution les plus élevés au monde.

Des chiffres, mais derrière eux des frères et des sœurs

L’attaque de Bin-Per ne permet pas, à elle seule, de résumer la persécution des chrétiens au Nigeria.

Son mobile précis doit encore être établi.

Mais elle intervient dans un pays où la violence contre les communautés chrétiennes est documentée depuis des années : terrorisme jihadiste, attaques contre des villages, enlèvements, assassinats, destructions de lieux de culte et déplacements forcés.

Toutes ces violences ne procèdent pas nécessairement de la même cause.

Cela ne doit ni conduire à les confondre, ni faire disparaître les situations dans lesquelles des hommes et des femmes sont bel et bien ciblés parce qu’ils sont chrétiens.

Pour Foi & Faits, les nommer avec précision est une exigence journalistique.

Ne pas exagérer ce que nous savons ne signifie pas minimiser ce qu’ils vivent.

Note de la rédaction — Prier pour les chrétiens du Nigeria

Foi & Faits est un média chrétien. Au-delà de l’information, nous invitons donc nos lecteurs à porter dans la prière les chrétiens du Nigeria.

Prions pour les familles qui viennent de perdre un proche, pour les blessés, pour les enfants déplacés et pour les Églises qui continuent de vivre et de servir au milieu de l’insécurité.

Prions pour que Dieu console ceux qui pleurent, fortifie ceux qui vivent dans la peur et donne sagesse et courage aux responsables d’Église.

Prions également pour que les autorités nigérianes protègent réellement les populations menacées, que les responsables des massacres soient traduits en justice et que les cycles de vengeance prennent fin.

Et prions pour que nos frères et sœurs puissent continuer à confesser leur foi sans craindre pour leur vie.

Sources principales

La rédaction s’appuie sur des sources primaires et des organisations identifiables. Les autres références sont liées dans le corps de l’article, au passage qu’elles documentent.

  1. 1.AFP — attaque de Bin-Per, témoignages des survivants (24 morts)AFP / The Frontier Post
  2. 2.Police de l’État du Plateau — 25 morts, 4 blessés, arrestation d’un suspectChannels Television
  3. 3.Amnesty International — 6 896 morts au Benue et 2 630 dans le Plateau (mai 2023-mai 2025)Amnesty International Nigeria
  4. 4.Portes Ouvertes — Index mondial de persécution 2026 (3 490 chrétiens tués au Nigeria)Open Doors / Portes Ouvertes
  5. 5.EUAA — chrétiens et musulmans dans des zones précises du NigeriaAgence de l’Union européenne pour l’asile
  6. 6.USCIRF — recommandations 2026 et statut CPC du NigeriaU.S. Commission on International Religious Freedom
  7. 7.Département d’État américain — désignation du Nigeria comme Country of Particular ConcernU.S. Department of State
  8. 8.Présidence du Nigeria — « Nigeria stands firmly as a democracy governed by constitutional guarantees of religious liberty »The State House, Abuja

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